Cimentiers : Rebond en 2021, marge, production, présence géographique… Round up du secteur

B.B | Le 15/9/2021 à 19:46
Cette année, les cimentiers bénéficient d’une forte croissance de la demande (+8,9% attendu en fin d’année) après les effets de la pandémie en 2020. Mais au long terme cette croissance devrait s’affaisser à 2,2% par an. Les marges devrait se dégrader cette année en raison de la hausse des cours du petcoke. La concurrence s’accentue entre les deux plus grands groupes nationaux.

Depuis le début de l’année, le secteur du ciment a connu une forte progression des volumes de vente par rapport à l’an dernier. En effet, en 2020, les ventes avaient reculé de 10% à 12,26 millions de tonnes.

A fin août 2021, le rebond est bel et bien là. La consommation de ciments a augmenté de 19,28% par rapport à la même période l’an dernier. Cette hausse provient notamment de l’amélioration de la situation économique et sanitaire au Maroc. Un effet de rattrapage s’observe cette année avec la relance des chantiers, totalement stoppés lors de la période de confinement l’an dernier. L’acteur principal du secteur avec 54% des parts de marché à fin 2020, LafargeHolcim Maroc, a affiché au premier semestre 2021 un chiffre d’affaires de 4 milliards de dirhams en hausse de 25,6% par rapport au premier semestre 2020. Ciments du Maroc n’ont pas encore communiqué leurs résultats semestriels.

D’ici la fin de l’année, une croissance importante est attendue. D’après les dernières prévisions de CFG Bank dans son Stock Guide du mois de juillet, la demande nationale en ciment devrait rebondir de 8,9% à fin 2021 à 13,35 millions de tonnes. Mais à terme, cette dynamique devrait s’essouffler.

Une croissance molle attendue au long terme et une surcapacité de production

La forte progression de la demande en 2021, tendra vers le tassement en 2022 jusqu’à retrouver des niveaux pré pandémiques. L’an prochain, une croissance de 3% est attendue à 13,75 millions de tonnes selon les prévisions de la société de recherche.

CFG Bank explique en ce sens, « qu’il convient de souligner que la croissance du secteur devrait revêtir un caractère modéré et rester inférieure aux niveaux observés sur la dernière décennie (TCAM 2000-2019 de 10,6%) ». Selon leur analyse, la consommation de ciment sur la dernière décennie a connu un important effet de rattrapage, « ayant conduit la consommation de ciment par habitant à un seuil relativement élevé eu égard à notre niveau de développement économique ». Ce qui induirait une croissance limitée au long terme. Une croissance annuelle de 2,2% de la demande est anticipée au long terme.

Cette demande qui connaitra une faible croissance à terme, rencontre une offre déjà en surcapacité. En face, la production de ciments s’adapte à la demande locale. En effet, le ciment ne s’exporte pas. « C’et un matériau qui est très complexe à transporter et qui est très couteux à exporter. C’est d’ailleurs pour cela que Lafarge a ouvert une usine de ciment dans le sud au lieu d’y transporter une partie de sa production provenant du nord. In fine, on ne produit que ce que l’on consomme, d’où  les taux d’utilisation des usines qui ne sont que peu élevés car il y a déjà une surcapacité » nous explique un analyste de la place contacté par LeBoursier.

Sur une plus courte échéance, malgré la reprise dynamique, les cimentiers devraient connaitre une dégradation de leurs marges cette année.

La hausse des cours du petcoke rognera les marges des cimentiers

L’année 2021 devrait être marquée par une hausse des chiffres d’affaires des grands cimentiers du pays avec la reprise de la consommation. Selon les dernières projections de CFG Bank, le chiffre d’affaires de LafargeHolcim Maroc est attendu en hausse de 12% cette année par rapport à 2020 à 7,8 milliards de dirhams. De son côté, Ciments du Maroc devrait affiché une amélioration de 11,4% de ses revenus à 4,1 milliards de dirhams en 2021.

Néanmoins, les opérateurs nationaux devraient subir une détérioration de leur marge ? cela est causé par la hausse des prix du petcoke. Ce composant est un dérivé du pétrole utilisé comme combustible dans la fabrication du ciment. Avec la forte hausse de la demande mondiale le cours a bondi de plus de 50% depuis le début de l’année. « Dès que les cours du pétrole augmentent, ceux du petcoke augmentent également car il y a une très forte corrélation. Cela impacte négativement les marges des cimentiers, dont Ciments du Maroc. Cela peut faire baisser le taux de marge entre 1 à 2 points par exemple » nous confiait un analyste dans un précédent article. La marge d’EBIT de Ciments du Maroc est attendu en légère baisse cette année à 34,6% contre 36,5% en 2020.

De son côté, LafargeHolcim Maroc a globalement bien résisté sur le premier semestre, mais continuera d’être impacté par la hausse du petcoke au second semestre 2021 ainsi que par l’ouverture de l’usine d’Agadir. Cette ouverture annoncée avant la fin de l’année, rognera sur les marges notamment à cause de la baisse d’économies d’échelles avant la montée en puissance aux pleines capacités de production, annoncées à 1,6 million de tonnes.

Une concurrence plus forte sur le territoire

Au Maroc, 4 acteurs majeurs membre de l’Association Professionnelle des Cimentiers dominent le marché. Il s’agit de LafargeHolcim Maroc, Ciments du Maroc, Ciments de l’Atlas et Asment Témara. Voici larépartition géographique de leur usine de ciment sur l’ensemble du territoire national, comme le montre la carte ci-dessous :

 

Cette année, la concurrence sera plus prononcée entre les deux acteurs majeurs du secteur avec l’ouverture de l’usine d’Agadir de LafargeHolcim Maroc. « Historiquement Lafarge est très présent dans le nord du pays. Cette partie du territoire est d’ailleurs la plus développée au Maroc, où l’on voir la consommation la plus élevée de ciment. Aujourd’hui, ce qui conduit la croissance de la consommation nationale de ciment, ce sont les régions du Sud qui sont en train de se développer. Lafarge a observé qu’il perdait des parts de marché et a donc décidé de s’implanter dans la région pour bénéficier de la croissance.

Cela pourrait éventuellement conduire à une perte de part de marché de Ciments du Maroc, historiquement présent dans les provinces du Sud. Néanmoins, les répercussions ne seront très probablement pas observées cette année. « A terme, cela pourrait conduire à une perte de part de marché de Ciments du Maroc dans le sud, mais je ne pense pas qu’elle se matérialisera cette année. Si tel est le cas, elle sera éventuellement marginale » nous explique un analyste de la place.

De son côté, Ciments du Maroc a démarré la construction d’un centre de broyage pour la production de clinker à Nador, dans le nord du pays, chaise gardé de Lafarge. Fondamentalement, cela n’affectera pas Lafarge Holcim Maroc car le centre de broyage n’est pas en lien avec de la production de ciment. « Le clinker est un des composant principaux du ciment.  Le groupe va probablement utiliser cette capacité additionnelle pour leurs usines, soit l’exporter, mais il s’agit de fabrication de matière première et non de ciments, donc cela n’induira pas de baisse de part de marché chez LafargeHolcim Maroc » nous explique notre source.

>>> Lire aussi : Ciments du Maroc : Les analystes confiants sur les performances du groupe en 2021

LafargeHolcim Maroc : CFG recommande de conserver le titre dans les portefeuilles

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