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Les acteurs du digital font partie de ceux qui ont le moins pâti de la crise économique induite par la pandémie. Qu'en est-il des jeunes entrepreneurs de la tech marocaine ? La crise est-elle synonyme de difficultés ou d'opportunités pour eux, ou les deux à la fois ? Témoignages.

Témoignages : Comment les jeunes entrepreneurs du digital vivent la crise économique du Coronavirus

Brian Brequeville | LE 17-09-2020 
Les acteurs du digital font partie de ceux qui ont le moins pâti de la crise économique induite par la pandémie. Qu'en est-il des jeunes entrepreneurs de la tech marocaine ? La crise est-elle synonyme de difficultés ou d'opportunités pour eux, ou les deux à la fois ? Témoignages.

Depuis la mi-mars, la Covid-19 a rebattu les cartes dans de multiples secteurs de l'économie. Celui du digital, malgré des impacts négatifs ponctuels liés aux mesures sanitaires, semble avoir été épargné, voire même renforcé. En Bourse par exemple, quand le marché casablancais a lâché plus de 17% depuis le début de l’année, le cours des sociétés technologiques a bondi de plus de 19%.

Mais en est-il de même pour les jeunes entrepreneurs dans le domaine du digital ? Si les startups sont intrinsèquement fragiles, la crise a pu ouvrir des marchés et créer de belles opportunités de développement pour ces dernières. Certains entrepreneurs de la place ont accepté de témoigner sur leur vécu de la crise entre difficultés et opportunités.

Ralentissement des projets et tensions de trésorerie

Sous le sot de l’anonymat, un entrepreneur dans le paiement mobile nous explique que la crise a causé un net ralentissement de son projet. « Nous travaillons avec les banques pour développer notre solution et il faut savoir qu’elles avancent à leur rythme depuis le début de la crise », explique-t-il. Une situation qui a retardé la sortie de son application de paiement mobile. Encore au début de son pro avec une première levée de fonds en seed, la jeune pousse espère dans son malheur « que la covid-19 sera dans le futur un catalyseur pour le paiement mobile ».

Pour d’autres, si l’activité n’a pas été entravée par la crise du coronavirus, c’est l'aspect financier qui a été impacté. « Concernant les bons de commandes et l’activité en elle-même, le rythme est resté le même. Ce qui nous a légèrement impacté ce sont les retards de paiement de plusieurs clients qui eux même avaient des clients qui n’allaient pas les payer, etc… Les difficultés de déplacement d'une ville à l'autre pour signer des documents ou conclure des contrats a été également compliqué à gérer » nous explique un entrepreneur travaillant dans le traitement biométrique de l’identité.

Les décisions des autorités dans le cadre de l'état d'urgence ont égalementjoué des tours à Nizar Abdallaoui Maane, fondateur de Kifal Auto et lauréat de la promotion 2020 du programme 212 Founders de CDG Invest. Après une levée de 3 millions de dirhams obtenue « in extremis » avant le confinement, la société a été impactée par l'arrêt d’une partie de ses activités. Plateforme d’intermédiation dans l’achat et la vente de véhicules d’occasion, elle est constituée d’un service opérationnel faisant l’expertise, la cotation et le règlement des procédures administratives. « Sur cette activité, nous avons beaucoup souffert » concède l’entrepreneur contacté par Le Boursier. « Le confinement a impliqué la fermeture de plusieurs administrations qui a rendu impossible toute mutation de véhicules d’occasion de manière formelle et légale. Nous avons donc eu une période de 90 jours où il y a eu zéro transaction. C’était une période très difficile mais nous en sortons correctement avec un marché qui reprend depuis la mi-juin » explique le dirigeant.

Mais dans un contexte teinté de difficultés, la crise a été source d’opportunités pour les startups du digital

Un marché redessiné et des opportunités à saisir

Entre des services boostés par l’arrivée du confinement et changement des paramètres du marché, certains ont vu dans la vague du Covid-19, l’opportunité de surfer. Nizar Abdallaoui Maane se réjouit des perspectives qui se dessinent. « Sur notre secteur, nous voyons un marché de la transaction qui est en train de se transformer. La crise a naturellement évincé un certain nombre d’acteurs de l’économie informelle sur le secteur. Cela va assainir le secteur et c’est une bonne nouvelle. D’autre part, un des acteurs étrangers du secteur a décidé, suite à la crise de recentrer ses activités en Europe. Donc nous pouvons nous repositionner sur ce marché qui va se libérer. Beaucoup de concessionnaires nous ont contacté pour les accompagner dans le travail de digitalisation des parcours de reprises automobiles » explique le fondateur de Kifal Auto.

L’expérience a été globalement similaire pour Saïd Belkhayat, co-fondateur de Lacaisse.ma, une application de caisse enregistreuse intelligente pour les restaurants et magasins. Avec le confinement et les restaurants fermés pendant 3 mois, on pourrait penser que la faillite était programmée. Mais la firme a su profiter d’un bon timing pour un lancement d’offre gardé sous le coude. « Pendant plusieurs mois avant la crise nous avions travaillé sur un concept de livraison à domicile (lalivraison.ma). Avec le confinement, les gens se sont mis à la livraison et les restaurateurs ne pouvaient pas faire du surplace. Pour nous la situation apportée par la crise nous a permis de vendre notre plateforme plus rapidement. Sachant que nos deux offres fonctionnent l’une avec l’autre, la conjoncture a augmenté les ventes sur les deux. Concernant notre chiffre d’affaires, il est supérieur à son niveau d’avant Covid-19. Malgré l’impact de la crise, les restaurateurs voulaient faire de la livraison et sachant que Jumia et Glovo avaient augmenté leurs commissions, ils étaient ouverts à d’autres plateformes », explique l’entrepreneur.

Des opportunités qui font du bien aux entreprises en développement. Mais d’un point de vue de recours au financement, la crise a également eu un impact sur le développement des jeunes pousses.

Un financement ralenti mais présent

Si certains des entrepreneurs contactés par LeBoursier avaient déjà levé des fonds avant la crise, certains comme Said Belhayat étaient en plein processus. « Nous étions à la recherche de financement depuis quelques temps et nous avons réussi à concrétiser cela durant la crise. Nous n’avons pas encore reçu les fonds, mais nous sommes en cours de signature. Cette crise a ralenti le processus de façon claire. Sans Covid-19, nous aurions déjà perçu nos fonds pour développer notre activité. Mais avec les fermetures administratives et les embûches causées par la crise, cela a mis du retard un peu partout » explique le jeune entrepreneur.

D’un point de vue plus global, la crise a apporté son lot de changements dans le monde des startups depuis le début de l’année. Mehdi Alaoui, fondateur de l’incubateur LaStartupFactory et vice-président de l’APEBI nous explique : « La situation a été bouleversée, c’est évident. Nous avons fait une étude sur le sujet d’ailleurs. Il s’avère que durant les premiers mois la situation était simple. Tout le monde a arrêté. La majorité ont annulé les commandes ou gelé les investissements. D’après notre étude, près d’une startup sur trois va disparaître. Celles qui vont avoir le plus de chance de s’en sortir sont celles qui œuvre sur des secteurs devenus porteurs post Covid-19. Il s’agit de l’éducation, la santé, la logistique ». Et au-delà du venture capitalisme et des levées de fonds, les carnets de commandes pourraient être fortement affectés. « Cet effet de yoyo observé avec l’espoir du déconfinement puis la crainte reconfinement, n’est pas bon car il injecte de l’incertitude chez les donneurs d’ordre. Désormais, dans la perception des leaders comme des entreprises, le changement numérique est là, nous sommes persuadé qu’il faut le faire. Le problème c’est qu’à court terme et depuis le début de la crise, il n’y a pas d’argent pour le faire. Mais je pense cependant que les choses vont se débloquer et que les entreprises vont commencer à actionner les choses sur la dernier trimestre. Cela permettra de générer des bons de commandes, des contrats et pourra relancer l’écosystème au Maroc » conclut Mehdi Alaoui.

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