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INTERVIEW. Le directeur général de la Fédération des assureurs répond aux critiques acerbes qui ont ciblé les compagnies du secteur dès le début de la pandémie, nous explique ce que le secteur a entrepris comme mesures pour soutenir l’économie et les assurés et nous parle de l’impact de cette crise sur l’activité des assureurs.

Les assureurs ont-ils profité de la crise ? Les réponses de Bachir Baddou

Mehdi Michbal | LE 26-05-2020 22:03
INTERVIEW. Le directeur général de la Fédération des assureurs répond aux critiques acerbes qui ont ciblé les compagnies du secteur dès le début de la pandémie, nous explique ce que le secteur a entrepris comme mesures pour soutenir l’économie et les assurés et nous parle de l’impact de cette crise sur l’activité des assureurs.

Dans cette crise du Covid-19, les compagnies d’assurances ont été attaquées de toute part, notamment sur les réseaux sociaux. Confinement oblige, la circulation automobile a baissé considérablement. Et les accidents avec. Les assurances sont donc perçues comme les grands gagnants de cette crise. Et les citoyens ont exigé d’elles, plus que d’autres acteurs économiques, des efforts en termes de soutien aux ménages et aux entreprises et de contribution à l’effort général de solidarité.

Peu visibles en termes de communication, surtout sur les réseaux sociaux, les assurances encaissaient et ne réagissaient pas. Directeur général de la FMSAR, fédération qui regroupe l’ensemble des sociétés d’assurance et de réassurance du pays, Bachir Baddou répond dans cet entretien aux critiques qui ont ciblé le secteur, expose toutes les mesures prises par les assureurs pour soutenir leurs clients et l’économie, et nous parle également de l’impact de cette crise économique sur le secteur.

- LeBoursier : Vous avez été dès le début de la pandémie une cible privilégiée des critiques venant de citoyens qui considéraient que vous ne faites pas assez pour aider la société dans l’effort public de solidarité, sachant que vous êtes l’un des plus grands gagnants de cette crise, avec le confinement notamment et la baisse des accidents que cela induit. Comment expliquez-vous cela ?

- Bachir Baddou : Ce phénomène ne concerne pas que le Maroc. J’ai des amis assureurs dans des pays européens qui me racontent à quel point ils ont été l’objet d’attaques dans les réseaux sociaux pendant cette crise.

L’assurance est au cœur de toute industrie, de toute activité économique, et accompagne les individus durant toute leur existence.

Quand l’activité d’un chef d’entreprise s’arrête, il essaie de gagner sur les coûts et peut venir à penser que son assurance ne va pas lui servir à grand-chose durant cette période. De même, celui qui n'utilise pas son véhicule estime ne pas devoir s’assurer. Donc, forcément, vous avez des insatisfactions, des incompréhensions qui naissent.

Il faut dire aussi que certains ne comprennent pas la portée de leurs contrats. Le chef d’une unité industrielle ou d’un hôtel va se dire pourquoi vais-je continuer à payer une prime d’assurance pour couvrir le risque incendie alors que je suis à l’arrêt. Or, même si l’activité est à l’arrêt, le risque incendie ne disparait pas…

- Mais avec l’arrêt de l’activité économique et le confinement des populations, les gens ont quand même droit à une réévaluation de leurs primes d’assurances. Avez-vous pris en compte cela ? Avez-vous reçu des demandes en ce sens ?

Bien sûr. Il y a eu des discussions avec certaines entreprises qui se sont rapprochées de leurs courtiers pour rediscuter leurs contrats. Il y a par exemple des entreprises qui avaient des contrats Accident du Travail ou d’assurance santé couvrant 1.000 salariés et qui se sont retrouvées aujourd’hui avec 300 salariés. Les discussions autour des contrats ont eu lieu au cas par cas.

Nous avons eu des discussions aussi avec des secteurs d’activité comme les transporteurs touristiques qui se sont retrouvés complètement à l’arrêt. On a essayé de trouver des solutions spécifiques pour leurs véhicules dans l’objectif de les aider à passer cette période difficile.

- Y-a-t-il eu des solutions concrètes pour ces cas ? Des baisses de primes par exemple, des réévaluations de contrats ?

Il y a d’abord des dispositions contractuelles qui prévoient ce genre de choses. Il y a certains contrats qui prévoient par exemple de revoir et de rediscuter les conditions lorsqu’une unité industrielle est mise au chômage. D’autres ne le prévoient pas. Après, on est dans un milieu concurrentiel au sein duquel les entreprises se distinguent en matière de services et de soutien à apporter à leurs assurés. Il y a des compagnies qui peuvent être un peu plus volontaristes que d’autres. Mais globalement, tout le monde joue le jeu.

- La principale critique qui vous a été adressée concerne l’assurance automobile. Quand il n’y a pas de sinistres, les assureurs gagnent de l’argent. C’est mécanique. Cet argent, les citoyens exigent qu’il doit être mis à contribution dans l’effort de solidarité nationale plutôt qu’à enrichir les compagnies d’assurances…

Le secteur a contribué massivement au Fonds Covid créé à l’initiative de Sa Majesté le Roi. Notre contribution n’a pas été très visible car beaucoup d’assureurs ont contribué via les holdings de tête ou les groupes auxquels ils appartiennent. Il y a aussi des compagnies qui ont choisi de contribuer sans communiquer sur le montant de leur contribution. Mais globalement, le secteur a contribué de manière massive.

Notre contribution ne s’est pas limitée à cela, puisque nous avons également décidé d’un ensemble de mesures pour accompagner nos assurés durant cette crise et pour soutenir certaines initiatives des pouvoirs publics.

On est en train par exemple de mettre en place un dispositif dans lequel le secteur des assurances va apporter un soutien aux crédits qui sont octroyés par les banques aux auto-entrepreneurs. Cette mesure a été prise au sein du Comité de Veille Economique (CVE) dans le cadre d’une convention qui va être signée avec la CCG.

- Cela va se faire par quel mécanisme ?

Le dispositif va passer par la CCG. C’est elle qui va assurer la prise en charge des taux d’intérêts des prêts qui vont être servis aux auto-entrepreneurs qui n’auront à rembourser que le principal. Mais dans la pratique, la CCG va recevoir les fonds de chez les assureurs. La relation banque-assurance n’est pas directe.

En plus de ce financement que nous apportons à la CCG pour prendre en charge les intérêts, nous allons dédier une enveloppe de 100 millions de dirhams pour couvrir les risques de défaillance.

- Et pour les assurés automobiles, qu’avez-vous prévus ?

Nous avons pris une mesure importante dès le premier jour du confinement. On a permis aux assurés dont les contrats arrivaient à échéance de continuer de rouler avec leurs attestations d’assurance même si celles-ci ont expiré. On a laissé le temps à nos assurés de renouveler leurs assurances pour qu’ils puissent respecter les mesures de confinement et s’occuper des autres urgences qu’ils avaient. Nous en avons informé toutes les autorités concernées (police, gendarmerie, ministère de l’Intérieur…).

- Vous avez donc permis aux assurés de reporter le renouvellement de leurs contrats, mais ce temps de grâce a pris fin le 1er mai. Pourquoi la mesure n’a pas été renouvelée avec les décisions de prolongement du confinement ?

Parce qu’on a vu que, malgré le confinement, les gens venaient quand même renouveler leurs contrats aidés par le fait que nous avons continué à délivrer normalement le service à la clientèle car nous faisons partie des secteurs qui ont été identifiés comme étant stratégiques. Nous avons donc estimé que la prolongation de cette mesure n’avait plus de sens.

En revanche, nous avons donné un rabais sur les primes d’assurances pour les deux mois de confinement. On a décidé de restituer l’équivalent de 500 millions de dirhams à nos assurés.

- Pour faire simple, si je paie une prime annuelle de 3000 dirhams, combien mon assurance doit mes restituer ?

Le rabais est équivalent à 30% de la prime de deux mois. Si vous avez un contrat de 3000 dirhams, ca fait une ristourne de 150 DH.

- Qu’en est-il des autres types de contrats d’assurance ?

Plusieurs mesures importantes ont été prises. D’abord sur la santé. En principe, les contrats d’assurance santé ne couvrent pas les pandémies. Mais nous avons décidé de couvrir tout ce qui est lié au Covid-19. Il est vrai que la plupart des assurés sont pris en charge dans les hôpitaux publics, mais on a un certain nombre de prises en charge dans certains hôpitaux qui ne sont pas considérés comme publics.

On a également pris une mesure importante sur l’accident du travail, puisqu’on a décidé de l’étendre au télétravail dès lors qu’il est autorisé par l’employeur. Si vous travaillez à domicile et que vous êtes victime d’un incident, on le considère comme un accident du travail.

Une autre mesure importante concerne l’assistance. Lorsque quelqu’un voyage à l’étranger, on donne des couvertures d’assistance médicale, c’est d’ailleurs une exigence dans le cadre des procédures de visa. Pour tous les ressortissants marocains qui se sont retrouvés bloqués à l’étranger, les sociétés d’assistance ont décidé de prendre en charge les frais d’inhumation en cas de décès. Même si le décès est lié à la pandémie, qui n’est pas à la base couverte par le contrat.

Ce sont des mesures prises de manière concertée pour faciliter le quotidien de nos assurés. Après, chaque compagnie a de son côté pris des décisions importantes de manière individuelle au profit de ses clients.

- Sur le plan de l’activité globale, comment cette crise affecte le secteur ? Le taux de sinistralité baisse, c’est plutôt une bonne chose, n’est ce pas ?

La sinistralité baisse indéniablement pendant la durée du confinement pour l’assurance auto. Mais on ne sait pas comment les choses vont évoluer après le déconfinement. Les gens vont peut-être bouger plus que d’habitude. Il va y avoir un effet de liberté retrouvée qui va peut être avoir un impact. C’est donc un peu tôt pour tirer un enseignement sur toute l’année en termes de sinistralité. Nos marges de toutes les façons sont très faibles sur l’assurance automobile.

Par contre, ce qu’on a constaté, et c’est très impactant, c’est la forte baisse des encaissements. Les primes rentrent difficilement avec les difficultés que connaissent les entreprises et les ménages.

Les résultats financiers des entreprises d’assurances vont être également impactés avec la baisse du rendement des actifs. Notre cœur de métier c’est l’assurance, mais nous sommes aussi un des gros investisseurs de la place avec plus de 170 milliards investis dans l’économie nationale.

Avec la chute des indices boursiers et la suspension du paiement des dividendes pour un certain nombre d’entreprises cotées, la pression sur la marge bénéficiaire va donc être très importante...

Il s’agit là d’un vrai sujet qui nous préoccupe.

- Ce sera donc une année blanche pour les assureurs ?

Les fondamentaux des entreprises d’assurances sont très solides et les fonds propres ne seront pas impactés, mais il n’est pas exclu que ce soit une année blanche pour un grand nombre d’entreprises d’assurances.

- Les institutionnels comme vous disposent de liquidités qui sont investies essentiellement dans les marchés financiers, mais qui peuvent aussi être un levier de financement pour l’Etat dans des investissements publics, à travers des PPP. L’investissement public est considéré aujourd’hui comme le principal levier de relance. Allez-vous joué un rôle dans cet effort de relance à travers un accompagnement de l’Etat dans ses investissements futurs?

On peut effectivement accompagner l’Etat dans des projets en PPP. Mais il y a deux préalables : la sécurité de l’investissement, car nous gérons l’argent des assurés. Et le niveau de rendement qui doit permettre de rémunérer de manière satisfaisante l’épargne de nos clients.

L’accompagnement des Etats par les institutionnels dans les projets d’infrastructures est un débat à la mode dans un certain nombre de pays occidentaux. Il n’y a pas encore beaucoup de choses qui ont été structurées dans ce sens dans notre pays, mais ça viendra très probablement. 

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