De gros risques pèsent sur Delattre Levivier Maroc

Souhail Nhaili | Le 29/9/2018 à 11:16

La société connaît des difficultés de trésorerie et de gros contrats sont compromis. Son activité et ses résultats sont en baisse. L’issue des conflits en cours avec les clients sea connue dans quelques semaines. Si les décisions sont défavorables, ce fleuron de l’industrie métallique risque de connaître le même sort que Stroc Industrie et Buzzichelli.

Selon des informations obtenues par LeBoursier de sources professionnelles, Delattre Levivier Maroc connaît de grosses difficultés.

Cette société cotée en bourse et considérée comme un fleuron de l’industrie métallique est en proie à des tensions de trésorerie qui se traduisent par des retards de versement des salaires et de paiement de certaines factures.

Plusieurs démissions de responsables nous ont été rapportées.

Selon les mêmes sources, l’activité est au ralenti, les ateliers se vident et seuls les anciens contrats sont en cours d’achèvement. Autrement dit, pas de nouvelles comandes.

Les explications du DG de DLM

Contacté par LeBoursier, Eric Cecconello, DG de DLM, confirme la société fait face à des tensions de trésorerie. Elles sont dues, selon lui, à un contrat de plusieurs centaines de millions de DH avec un client étranger, qui fait l’objet d’une procédure d’arbitrage international.

«Beaucoup d’argent est bloqué à cause de cette procédure. Le litige porte sur l’exécution du contrat. Le client n’a pas honoré ses engagements de paiement et de bonne fin des travaux», explique le DG.

Toutefois, on ne sait pas ce que reproche à DLM le client étranger, dont l’identité n’est pas dévoilée. Selon M. Cecconello, la sentence arbitrale tombera dans quelques jours ou quelques semaines.

Cette sentence est attendue par les créanciers de la société, notamment les banques qui détiennent sur elle de gros prêts. Il y a aussi les fournisseurs dont les créances atteignent des sommes importantes.

Ce litige international n’est pas le seul. Un autre gros contrat est compromis. Le montant s’élève à 750 MDH et le client final est le groupe OCP (DLM traite avec un prestataire).

Ce contrat fait l’objet d’une procédure de règlement à l’amiable et l’issue des négociations sera connue également dans quelques semaines.

Selon le DG de DLM, les relations avec OCP demeurent bonnes. Il affirme même que sa société a pris de nouvelles commandes OCP au cours du premier semestre 2018. «Il s’agit d’un client important, nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas le satisfaire», affirme-t-il.

Si l’issue de ces deux gros dossiers n’est pas favorable à DLM, elle risque de connaître le même sort que Stroc Industrie et Buzzichelli, deux autres fleurons de l’industrie métallique. La première est en procédure de sauvegarde judiciaire et la seconde est en liquidation depuis le 27 septembre.

Bénéfices en chute de 50% au premier semestre 2018

Les résultats semestriels publiés par DLM vendredi 28 septembre reflètent les difficultés qu’elle subit :

Le chiffre d’affaires consolidé est en baisse de 20%, à 339 MDH. Près du tiers du CA est réalisé en Afrique de l’Ouest.

Le résultat d’exploitation est en retrait de 24%, à 32 MDH.

Le déficit financier consomme la moitié du résultat d’exploitation (intérêts des crédits notamment).

Le résultat net consolidé est en chute de 51%, à 8,6 MDH.

Les capitaux propres part du groupe s’élèvent à 258 MDH, en légère amélioration depuis le début de l’année.

La dette de financement à long terme atteint 139 MDH contre 165 MDH à la fin de 2017.

La trésorerie nette est toujours négative : -225 MDH contre contre -310 MDH fin 2017.

Le taux d’endettement est toujours élevé : 1,4 fois les fonds propres contre 1,8 fois fin 2017 et 2,2 fois fin 2016.

Les dettes fournisseurs s’élèvent à 362 MDH.

La société a dans ses comptes plus de 600 MDH d’avances clients pour des contrats en cours.

DLM avance toutefois que son carnet de commandes est toujours garni : 2,2 milliards de DH. Elle affirme avoir pris 434 MDH de nouvelles commandes au premier semestre.

Toutefois, notons que ces chiffres n’intègrent pas l’impact éventuel des contrats en litige.

En attendant leur résolution, la société a lancé un plan de réduction des coûts.

Affaire à suivre.

>>Lire aussi: Mobilisation pour sauver Buzichelli et Stroc, deux fleurons industriels

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