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Premières impactées par la crise économique causée par le covid-19, les compagnies aériennes, clouées au sol pendant plusieurs mois, vont continuer d’évoluer dans les turbulences. Dans leur sillage, l'industrie aéronautique souffrira de la lente reprise. Le Maroc n'y échappera pas. Entretien avec Hamid Benbrahim El Andaloussi, président d’honneur du GIMAS.

Aéronautique au Maroc : 15 à 20% de pertes d'emplois attendues à cause de la crise (Andaloussi)

Brian Brequeville | LE 08-07-2020 
Premières impactées par la crise économique causée par le covid-19, les compagnies aériennes, clouées au sol pendant plusieurs mois, vont continuer d’évoluer dans les turbulences. Dans leur sillage, l'industrie aéronautique souffrira de la lente reprise. Le Maroc n'y échappera pas. Entretien avec Hamid Benbrahim El Andaloussi, président d’honneur du GIMAS.

Avec plusieurs acteurs internationaux implantés au Maroc et un bassin d’emplois de plus de 16.000 personnes, le secteur de l’aéronautique est l’un des plus prometteurs de l’industrie marocaine avec près de 16 milliards de dirhams à l’export en 2019.

Mais la crise du Coronavirus va y rebattre quelques cartes. Depuis le début de la crise, confinement oblige, le trafic aérien s’est écroulé dans le monde. Et la reprise s'annonce laborieuse, avec des suppressions de lignes, des réductions de flottes et des reports d'investissements dans de nouveaux appareils. Ce qui impactera fortement l'industrie aéronotique, y compris au Maroc, où le secteur affiche déjà une baisse de 15% de ses exportations à fin mai 2020.

Dans ce contexte, quel avenir pour les projets et investissements industriels dans l’aéronautique au Maroc ? Dans un entretien avec LeBouriser, Hamid Benbrahim El Andaloussi, président d’honneur du GIMAS et président de l’Institut des métiers de l’aéronautique (IMA), nous explique la conjoncture et les challenges à venir avec pragmatisme mais sans céder à la sinistrose.

- LeBoursier : Avez-vous déjà vu une crise sectorielle d’une telle ampleur ?

- Hamid Benbrahim El Andaloussi : Dans le secteur au niveau mondial, il y a eu des périodes de croissance longues de 7 ou 10 ans ponctuées par des crises qui duraient une année ou deux. Mais jamais dans l’histoire de l’aéronautique, nous n'avons connu une crise aussi profonde et durable que celle-là. Car jamais, dans l’histoire de l’humanité, l’économie ne s’est arrêtée partout.

On estime aujourd’hui qu’il y aura sur cette année, une baisse globale de 40% de la construction aéronautique qui découle directement de la baisse du trafic passagers et du besoin en avions. Nous estimons que le secteur des transports aériens, loisirs, voyages et construction aéronautique sont les plus impactés par la crise du Covid-19. Dans le monde, les estimations tablent sur une période de 3 à 4 années avant de revenir au niveau de 2019.

- Concernant le Maroc, où en sommes-nous ?

-S’agissant du Maroc, l’impact est là, il y a une baisse d’activité que nous pouvons estimer aujourd’hui entre 30 et 40%. Les exportations, en valeur, seront donc impactées par une chute d’au moins 30%. Mais la bonne nouvelle c’est que les sociétés marocaines sont résilientes. Car elles sont compétitives. Quand une société a différentes implantations à travers le monde, elle doit faire des arbitrages et le Maroc est attractif en terme de coût et il a pu rapidement mettre en place les moyens de protection sanitaires. Il faut noter que nous sommes dans un secteur à forte valeur ajoutée.

- Des pertes d’emploi au Maroc sont-elles à craindre?

-Il est clair que le Maroc est affecté, mais moins que d’autres pays comme par exemple le Mexique. Pour ce dernier, on assiste à des licenciements à hauteur de 50% des effectifs. Au Maroc, nous connaitrons malheureusement aussi des départs négociés et des licenciements, mais à un niveau bien moindre. Nous estimons que cela concernera 15 à 20% des effectifs travaillant dans la construction aéronautique.

Cependant, la bonne nouvelle c’est que les activités dans lesquelles nous sommes et qui continuent de se développer, sont des activités à forte valeur ajoutée. Par exemple, en 2020, deux usines dans la fabrication des moteurs d’avion vont ouvrir. Il faut aussi noter que nous avons su diversifier nos activités et attirer des industries sœurs de l’aéronautique, notamment dans le domaine de l’électronique embarquée, la reproduction 3D avec Thalès et Nexans avec la fibre optique.

- A ce sujet, est-ce qu’il y aura des projets repoussés ou annulés dans ce contexte de crise globale ?

-Tous les projets qui étaient prévus en 2019, au niveau ouverture, sont maintenus. Dans ces projets, il y a les usines de Mitsuba, Nexans, l’extension de l’usine Bombardier, etc. Ce qui se passe aujourd’hui, c’est que certains projets que nous devions lancer cette année ont été repoussés à l’an prochain. Nous allons connaitre un trou d’air en 2020-2021, mais le Maroc reste, et de loin, la base la plus compétitive à la porte de l’Europe.

- Quid de ces réductions d’effectifs sur le sol marocain ? Qu’adviendra-t-il de ces pertes d’emplois et de l’attractivité du secteur ?

-L’Europe cherche et continuera de chercher à être plus indépendante de l’Asie. Ces mouvements de relocalisation vont offrir au Maroc des opportunités dans des industries nouvelles. L’IMA, dans le but de protéger les compétences du secteur et de préparer les talents de demain dans le secteur de l’aéronautique a mis en place un programme pour permettre aux jeunes qui vont perdre leur travail dans l’aéronautique, de retourner à l’IMA pour des formations complémentaires, notamment dans ce qui est numérique. Ils accèderont ainsi à un niveau supérieur de qualification qui leur permettra de revenir sur le marché du travail dans l’aéronautique ou d’autres industries qui peuvent tirer l’aéronautique. Ces compétences sont rares et précieuses et il faut les protéger.

- L’avionneur français Airbus a annoncé une suppression à l’échelle mondiale de 15.000 postes dont 1.500 à l’étranger. Stelia Aerospace étant la représentation marocaine d’Airbus, des répercussions sont-elles à prévoir ?

-Stelia entre dans le périmètre de ce que j’ai évoqué d’une façon générale. Elle ne pourra pas faire l’économie d’une restructuration avec une légère baisse des effectifs. Combien, je ne pourrai pas vous le dire, mais nous estimons encore une fois qu’au niveau du secteur aéronautique, il y aura 15 à 20% de départs concernant les effectifs dans la construction.

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