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Les analystes anticipent une explosion des provisions et une forte érosion de la rentabilité des banques. En cause : la montée des risques d'impayés que les banques doivent obligatoirement provisionner avant même leur survenance, norme IFRS 9 oblige. Décryptage.

La montée des risques pèsera lourd sur les bénéfices des banques

M.M. | LE 12-05-2020 
Les analystes anticipent une explosion des provisions et une forte érosion de la rentabilité des banques. En cause : la montée des risques d'impayés que les banques doivent obligatoirement provisionner avant même leur survenance, norme IFRS 9 oblige. Décryptage.

Les résultats du premier trimestre 2020 d’Attijariwafa bank ont donné le ton de l’impact que produira le Covid-19 sur le secteur bancaire.

Malgré la hausse de son produit net bancaire, les bénéfices du groupe ont chuté de 23,8%. Ce sont 300 millions de dirhams en moins que le RNPG généré au premier trimestre 2019.

« Ce phénomène d’affaissement de la rentabilité va concerner tout le secteur bancaire. Les résultats trimestriels des autres banques qui ne tarderont pas à être publié vont le confirmer », affirme un analyste du marché.

En cause : la forte montée des risques d'impayés générée par la pandémie du Covid-19 et du choc qu’il a produit sur l’économie.

La norme comptable qui change tout

Depuis l’entrée en vigueur de la norme IFRS 9 en 2018, les banques n’attendent plus qu’une créance fasse l'objet d'un défaut de remboursement pour la provisionner. Elles doivent calibrer les provisions de toutes leur créances, y compris les plus saines, sur la probabilité de défaut attendue. On ne provisionne donc plus que les pertes subies, mais aussi les pertes attendues. Et là, c’est le calcul de probabilité de défaut qui définit le niveau de couverture à mettre en face.

« C’est ce qui s’est passé au premier trimestre. La dégradation des perspectives économiques a obligé toutes les banques à revoir leur calcul, à recalibrer les probabilités de défaut de leur créances, aussi bien nouvelles qu’anciennes. Cela a produit bien sûr une explosion des provisions », explique notre source.

Exemple de certaines branches de l’export ou des distributeurs automobile : des créances considérées saines hier passent aujourd’hui à la catégorie « forte probabilité de défaut ». Leur niveau de provisionnement est donc relevé au maximum. Raisonnement qui peut s’appliquer à toutes les composantes de l’économie touchées par la crise. Mais aussi aux crédits à la consommation qui présentent, du fait de l’absence de garanties qui les appuient, une forte probabilité de défaut.

Les chiffres communiqués par Attijariwafa bank sont à ce titre édifiants : en un trimestre, le coût du risque a explosé de 82,5% pour atteindre 1,1 milliard de dirhams. Rapporté aux encours de crédits, il passe de 0,76% au premier trimestre 2019 à 1,30% au premier trimestre 2020.

Un effet général mais différencié selon les banques

Et ce phénomène ne concerne pas que Attijari. « Toutes les banques seront touchées par cette forte montée des risques et cette nouvelle norme de provisionnement en vigueur depuis 2018. Mais l’impact sera différencié selon les banques », explique un analyste du marché.

Les banques fortement exposées sur les secteurs du tourisme, le commerce, les industries liées à l’export… passeront forcément plus de provisions que d’autres, moins exposées sur ces secteurs.

Cela dépend également des catégories de crédit : les banques qui misent beaucoup sur le crédit à la consommation seront fortement touchées par la montée des risques. Car la probabilité de défaut sur ces crédits aux particuliers devient plus grande avec la montée du chômage et la baisse attendue des revenus des ménages.

On pourrait également croire que les crédits Intelaka sont aussi derrière cette montée des provisions. Mais il se trouve que dans les systèmes de notation des banques, ces crédits servis aux toutes petites entreprises sont plutôt considérés comme sains, car soutenus par la garantie de la CCG. Idem pour les crédits de trésorerie distribués en cette période de crise. Des crédits qui ne vont pas alourdir le stock des provisions car appuyés par la garantie Damane Oxygène.

Il est donc difficile de prédire l’impact général sur le secteur, d’autant que chaque banque a sa propre politique d’appréciation des risques, explique notre analyste. « Les systèmes de notation des banques ne sont pas paramétrés de la même façon. Le calcul de la probabilité de défaut et donc du niveau des provisions à porter diffère d’une banque à l’autre ».

L’impact de cette montée des provisions imposée par la norme IFRS 9 sera également général, mais différencié. Attijari a constaté par exemple une baisse de RNPG de l’ordre de 23,8%. Des banques pourront accuser des baisses de rentabilité plus fortes, quand d’autres réussiront à limiter la chute.

La situation peut s’aggraver comme s’alléger en cours d’année

Si le choc sera brutal pour les deux premiers trimestres de l’année, la situation peut changer sur le reste de l’année, tient toutefois à signaler un analyste du marché.

« Avec l’IFRS 9, ce sont les perspectives économiques qui définissent la politique de provisionnement. Si on sort du confinement en juin, qu’une relance est bien engagée, cela peut améliorer les perspectives de l’économie et réduire ainsi les probabilité de défaut sur certaines créances », explique-t-il.

Mais le scénario inverse reste aussi possible : une prolongation de la durée du confinement, ou une sortie du confinement suivie d’une deuxième vague, une mauvaise relance économique… sont des éléments qui peuvent dégrader davantage les risques, alourdir le stock des provisions des banques et éroder encore plus leur rentabilité.

Comme tous les acteurs économiques, les banques naviguent également à vue. Surtout que leur rentabilité n’est pas menacée par le seul fait de la montée des risques, mais également par la forte probabilité de baisse du rythme de l’activité.

Au premier trimestre, le secteur était parti sur une bonne lancée avec une progression des crédits à l’économie de l’ordre de 5,3%.

Cette tendance risque de s’inverser au deuxième trimestre, avec la baisse attendue sur la demande de crédits, que les prochaines statistiques monétaires de Bank Al Maghrib pour le mois d’avril vont fort probablement confirmer.

Une baisse de régime certaine, mais qui sera amortie, signale un analyste du marché, par les mesures prises par Bank Al Maghrib et le CVE. Surtout sur le volet financement de la trésorerie sous garantie étatique (Damane Express).

Pour les analystes du marché, c’est donc le flou total. Tout le monde s’accorde sur le phénomène de la montée des risques, de l’érosion des bénéfices, mais personne n’est capable d’en prédire l’ampleur. Mais ils excluent tous le scénario de « choc » qui pourrait affaiblir le secteur, ou remettre en cause ses équilibres bilanciels.

Le choc systémique n’aura pas lieu

« Même si la rentabilité baisse, les fonds propres des banques resteront à un niveau confortable. Il n’y aura pas de grand choc, surtout avec les mesures de refinancement décidées très tôt par Bank Al Maghrib, le report des échéances de crédit pour les particuliers et les entreprises et les garanties étatiques mises en place pour permettre aux banques de continuer à financer l’économie sans assumer la totalité des risques de défaut », explique un expert.

Selon notre source, Bank Al Maghrib suit le sujet de très près. Et continue de veiller, malgré les largesses du moment, au respect strict des règles prudentielles et des exigences en matière de liquidité et de fonds propres.

L’appel lancé hier par BAM aux établissements de crédits au sujet de la suspension de la distribution des dividendes répond justement à cette inquiétude de voir le système fragilisé.

"Il est important que les établissements de crédit conservent des fonds propres suffisants pour faire face aux effets de la crise et préserver ainsi leur capacité d’octroi de financement dans ces circonstances exceptionnelles", a annoncé Bank Al Maghrib dans le communiqué annonçant la nouvelle.

Un professionnel du secteur estime que cette décision est tout à fait logique, et nous précise qu’il ne s’agit toutefois pas d’une obligation, mais d’une simple recommandation.

« Une recommandation que les banques feraient bien d’appliquer, car les facilités accordées par la Banque centrale et par le gouvernement n’ont pas été décidées pour rémunérer les actionnaires mais pour soutenir l’économie en ces temps difficile », précise-t-il.

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