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Entre le 17 juin et le 15 août derniers, la position de change journalière des banques marocaines était négative. Celles-ci n'ont toutefois pas fait appel aux adjudications de la Banque centrale et ont pu surmonter leurs positions courtes en toute autonomie. Détails. 

Flexibilité du DH : comment les banques ont surmonté des "déficits" de leur position de change

Par Sara El Hanafi | LE 04-09-2019 
Entre le 17 juin et le 15 août derniers, la position de change journalière des banques marocaines était négative. Celles-ci n'ont toutefois pas fait appel aux adjudications de la Banque centrale et ont pu surmonter leurs positions courtes en toute autonomie. Détails.

La dernière position de change des banques marocaines, calculée au 30 août dernier, se situe à plus de 3,5 milliards de dirhams selon les statistiques de Bank Al-Maghrib. Un chiffre réconfortant, qui traduit la bonne capacité des banques à servir leur clientèle en devises; dans un contexte de flexibilisation du régime de change de la monnaie nationale marqué par un désengagement de la banque centrale du marché.

Sauf qu’en étudiant l’historique de cette position, l'on constate que celle-ci a été négative entre le 17 juin et le 15 août derniers, atteignant parfois un "déficit" dépassant les 8 milliards de dirhams.

Une situation qui paraît alarmante de prime abord, surtout que cette position n'avait été que très rarement négative depuis la flexibilisation du régime de change du dirham, en janvier 2018. Néanmoins, les professionnels du marché n'y voient aucune menace.

Un responsable dans une salle des marchés d'une importante banque de la place nous indique en premier lieu qu'il ne s'agit pas d'un déficit de position de change, mais d'une "position courte".

Il explique: "La position de change englobe toutes les opérations de change effectuées par la banque avec sa clientèle, sur le marché interbancaire, etc. Une position positive implique qu'une banque a plus d’avoirs en devises que d’engagements, elle présente donc une position longue. Lorsqu'une banque a plus d’engagements que d’avoirs en devises, et qu'elle affiche donc une position négative, il s'agit d'une position courte".

Les raisons qui ont aboutit à cette position de change courte chez les banques sont multiples mais surtout, traduisent une saisonnalité: la période entre avril et juin de chaque année est marquée par le transfert des dividendes des entreprises à capitaux étrangers installées au Maroc, ce qui induit une sortie importante de devises.

Les professionnels du marché mettent en avant d'autres facteurs qui ont favorisé les sorties de devises, notamment une augmentation des importations des matières premières, en particulier le Brent dont le cours a baissé sur la période étudiée (entre 58 et 62$ le baril, contre un pic de 74$ en avril), ce qui a poussé les pétroliers à en importer davantage.

Qui plus est, nos interlocuteurs n'évoquent aucun événement majeur qui aurait ponctionné les devises des banques, et expliquent que les positions courtes sont souvent un choix délibéré de celles-ci.

"Les banques font des prévisions sur les rentrées de devises", explique une de nos sources. "Elles savent que la saison estivale est marquée par une grande entrée de devises grâce aux touristes et aux MRE, qui leur permettra de reconstituer leur position de change. Elles se permettent donc de puiser énormément dans leurs avoirs avant ces entrées et d'avoir des positions courtes".

En effet, cette tendance d'entrée des devises des MRE et des touristes est observée à fin août et en septembre. La position de change des banques a dès lors repris des couleurs.

Bank Al-Maghrib totalement désengagée

Nos interlocuteurs estiment que cette situation traduit la véritable autonomie des banques, qui n'ont pas fait appel aux adjudications de Bank Al-Maghrib pour combler leurs positions négatives, et n'ont donc pas ponctionné les réserves de change de celle-ci. C'était d'ailleurs l'un des objectifs de la flexibilisation des changes: que le marché interbancaire devienne autonome et que les interventions de la Banque centrale deviennent exceptionnelles, voire inexistantes.

"Ce qu'il faut savoir, c'est qu'une banque peut rester en position courte et emprunter de la devise d'une banque locale ou étrangère, en envisageant de rembourser ces emprunts par les futures entrées de devises. Les banques n'ont pas forcément besoin d'acheter de la devise", explique un de nos interlocuteurs. Pour lui, c'est le scénario de l'emprunt qui a dû se produire durant l'été.

Il ajoute que dans le nouveau régime de change, la Banque centrale ne pourra intervenir que lorsque la fluctuation du dirham touchera une des extrémités de la bande actuelle, à savoir 5% (+/- 2,5%), chose qui ne s'est pas produite: "Le fait que la position des banques soit courte sans que le dirham ne soit volatile, et qu'il bouge dans une bande assez réduite qui est de 1% seulement, envoie de bons signaux", ajoute notre source.

Toutefois, notre interlocuteur indique que cette performance a été surtout favorisée par les anticipations de rentrées de devises, des anticipations qui ont fait que le dirham n'a pas subi des tensions ou une volatilité accrue lorsque les banques avaient des positions courtes.

"Chaque été, les banques sont sûres d'encaisser à peu près 20 milliards de dirhams en devises de la part des MRE et des touristes. Donc, même si elles affichent des positions courtes avant, l'anticipation d'une entrée de flux en devises évite qu'il y ait des tensions sur le dirham", conclut-il.