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La sortie du Maroc à l’international avance bien. Une source sûre nous affirmait jeudi dernier que la désignation de la banque conseil était imminente et que le montant de la levée pourrait bien dépasser le milliard d'euros (ou de dollars). Selon un expert consulté par Le Boursier, le timing actuel est idéal. Une sortie en euros serait la mieux indiquée et pourrait se faire selon lui à un taux bien plus intéressant que celui obtenu en 2014.

 

Levée internationale du Trésor : le montant de la sortie pourrait dépasser le milliard d'euros

Par M.M. | LE 13-03-2019 
La sortie du Maroc à l’international avance bien. Une source sûre nous affirmait jeudi dernier que la désignation de la banque conseil était imminente et que le montant de la levée pourrait bien dépasser le milliard d'euros (ou de dollars). Selon un expert consulté par Le Boursier, le timing actuel est idéal. Une sortie en euros serait la mieux indiquée et pourrait se faire selon lui à un taux bien plus intéressant que celui obtenu en 2014.

Annoncée fin 2018 par le ministre des Finances, la sortie du Trésor sur les marchés internationaux de la dette avance bien. Elle devrait se faire avant la fin de ce deuxième trimestre de l'année. 

Jeudi dernier, une source sûre nous informait que la désignation de la banque conseil était imminente. Un road show est également envisagé dans les grandes capitales financières pour vendre la signature Maroc.

Selon notre source, le montant de la levée pourrait bien dépasser le milliard d'euros (ou de dollars) annoncé initialement par Mohamed Benchaâboun.

Cela va renflouer les réserves internationales du pays et financer une partie du déficit budgétaire prévu pour 2019 (3,7%, selon les projections de la loi de finances).

Il faut dire que toutes les conditions sont réunies pour une sortie réussie.

La dernière sortie du Trésor à l’international remonte à 2014. Le Maroc avait alors levé 1 milliard d’euros sur 10 ans à un taux de 3,702%.

Une sortie en 2019 pourrait se faire à un taux similaire, voir inférieur à celui appliqué en 2014. Et ce pour deux raisons : la première tient à la situation du pays, la seconde se rapporte aux conditions des marchés internationaux.

Une sortie en euros est la mieux indiquée

Côté Maroc, la situation du pays ne s'est pas dégradée depuis 2014. Elle s’est au contraire améliorée, avec un déficit budgétaire qui s’approche de plus en plus de 3,5% (contre 4,9% en 2014), des réserves en devises qui couvrent plus de 5 mois d’importation, des perspectives de croissance stables (confirmées par le maintien de l’investment grade par S&P fin 2018), avec en bonus une assurance en béton : la LPL du FMI, reconduite en décembre 2018 par les pouvoirs publics.

Côté marchés internationaux, la situation n’a jamais été aussi propice pour une levée souveraine. Surtout sur les marchés européens, comme le soutient Abdelaziz Enasri, expert international en gestion des risques de marché et dirigeant du cabinet de conseil financier Bluecap, basé à Paris.

 « Je pense que c'est un très bon timing étant donné que les taux Euros n'ont jamais été aussi bas et pendant une longue période. A titre d'exemple, les taux des emprunts souverains sur les OAT à 5 ans ont été négatifs au 11 mars 2019, ceux de 10 ans à 0,473% et ceux à 30 ans à 1,5210% ».

Pour lui, c’est une levée en Eurobonds qu’il faut donc privilégier, au vu de l’énorme gap entre les taux pratiqués en Europe et ceux en vigueur aux USA.

« Les taux d'emprunts des bons souverains américains ont emprunté une tendance haussière depuis la fin de l'année 2018 et se situent à hauteur de 3% et ce pour la première fois depuis 2014. Il est clair qu'il faudra s'orienter vers une levée en Euros qui permettra de placer l'emprunt avec un bon taux. Le spread entre les taux américains et européens est de presque 2,65%, c'est le gain que pourra apporter une opération en Euro comparativement à une opération en USD avec un effet neutre de risque de change », recommande-t-il.

 Abdelaziz Easri pense même que le Maroc peut négocier, dans les conditions actuelles de marché, un taux bien plus intéressant que celui obtenu en 2014.

 « Il est clair que le Maroc pourra faire mieux puisque les investisseurs supposeront que le risque Maroc est relativement le même qu'en 2014. L'émission de 2014 a été faite selon un niveau de prime de risque qui oscille entre 150 bps et 200 bps. Je pense que les chefs de file de l'opération pourront cibler facilement un seuil de 2% maximum pour cette opération », estime notre expert.

La communication « Maroc » sera le point décisif

Le point décisif dans la fixation des primes de risque sera selon lui la « communication ». Les investisseurs à l’international prennent généralement comme base les rapports des agences de notation comme S&P, Fitch ou Moody’s. Mais ce n’est pas le seul point déterminant, nous dit Enasri.

« Le taux sera fixé sur la base de l'offre des investisseurs et leur propre appréciation du risque Maroc. La communication est à ce titre très importante étant donné que les investisseurs iront s'informer sur l'évolution de l'économie marocaine, jauger sa capacité à faire face à certains aléas que les investisseurs surveillent de près et surtout la capacité du pays à mener des réformes qui vont dans le sens de l’ouverture du système financier et des changes », précise-t-il.

Un exercice où le Maroc excelle si l’on se réfère aux différentes communications du FMI. La reconduction fin 2018 de la LPL peut à ce titre jouer un rôle pour tirer la prime de risque Maroc vers le bas. Mais elle peut agir également comme une arme à double tranchant, tient à souligner Abdelaziz Enasri.

« Il ne faut pas se tromper, la LPL est un point positif, mais elle peut être vue comme quelque chose de négative par certains investisseurs. La LPL réduit certes la part du risque de liquidité dans le risque de défaut, rassurant dès lors les investisseurs sur la capacité du Maroc à disposer de réserves en devises pour faire face à ses engagements. Mais le fait que le Maroc dispose d'une LPL montre justement qu’un risque de disponibilité de devises existe. Tout dépend de l’angle d’où on voit les choses », explique notre expert.