Page d'accueil Actus

Levée de la protection de Maghreb Steel : les opérateurs vont saisir Elotmani et MHE cet après-midi

medias24

Les industriels de la métallurgie vont adresser une lettre au chef du gouvernement et à son ministre de l’Industrie ce lundi 4 février dans l’après-midi. Objet de leur missive : demander la levée de toutes les mesures de protection accordées au producteur d’acier plat Maghreb Steel. Ce dernier est accusé de profiter de sa situation de monopole pour renchérir les prix de la matière première. 

Les industriels de la métallurgie vont adresser une lettre au chef du gouvernement et à son ministre de l’Industrie ce lundi 4 février dans l’après-midi. Objet de leur missive : demander la levée de toutes les mesures de protection accordées au producteur d’acier plat Maghreb Steel. Ce dernier est accusé de profiter de sa situation de monopole pour renchérir les prix de la matière première.

C’est le branle bas de combat dans le secteur de la métallurgie. 

Après les critiques (en off) adressée à Maghreb Steel et au gouvernement, les métallurgistes s’apprêtent à officialiser leurs démarches en saisissant officiellement Saadeddine Elotmani et Moulay Hafid Elalamy.

Objet de la requête, selon notre source : la levée de toutes les mesures de protection dont bénéficie actuellement le producteur d’acier.

Le gouvernement a instauré depuis 2014 deux types de protections pour Maghreb Steel :

- Des droits anti dumping sur les produits laminés à chaud.

Ils vont de 11 à 22% et ciblent exclusivement les importations en provenance d’Europe et de Turquie.

Ces droits arrivent à échéance en septembre 2019. Maghreb Steel souhaite non seulement les proroger, mais les transformer en mesure de sauvegarde qui cible toutes les origines d’importation.

C’est cette nouvelle demande qui a mobilisé les membres de la FIMME. Le laminé à chaud étant le produit le plus consommé par les mettalurgistes. 

- Une mesure de sauvegarde sur les produits laminés à froid et tôles plaquées ou revêtues.

Elle cible toutes les importations, avec l’application d’un droit ad valorem variable d’année en année (16% en 2019; 15,5% en 2020 et 15% en 2020). Des droits qui ne s’appliquent qu’au-delà d’un quota d’importation de 36 000 tonnes.

Cette protection devait expirer fin 2019, mais a été prolongée en décembre dernier par le gouvernement jusqu’en 2021. 

Ces deux boucliers gouvernementaux pénalisent, selon des membres de la FIMME, toute la filière. 

« Le gouvernement a accordé un monopole de fait à Maghreb Steel qui impose ses prix au marché. L’acier laminé à chaud se vend actuellement sur le marché à 5 dirhams le kilogramme, alors que Maghreb Steel le vend à 7,90 dirhams», s’insurge un opérateur. 

« Cela augmente nos coûts de production et pénalise le consommateur final », explique-t-il. 

En 2018 par exemple, les tubistes, premiers consommateurs de la matière première produite par Maghreb Steel, ont dû baisser l’épaisseur de leurs produits pour maintenir leurs marges, ou du moins pour résister. 

« Nous sommes passés de 1,2 à 0,9 millimètres pour compenser la cherté de la matière première. Tout le marché en a souffert, puisque la consommation a baissé mécaniquement d’au moins 30% », précise notre source. 

Plusieurs opérateurs sondés par Le Boursier disent la même chose. 

Ils déclarent ne pas comprendre le sens de cette protection accordée à Maghreb Steel. 

« Je ne comprend pas pourquoi on veut sauver Maghreb Steel coûte que coûte. L’entreprise n’à qu’a arrêter l’activité laminage à chaud et revenir à son métier de base qui est le laminage à froid. Ils gagnent beaucoup d’argent sur cette activité », lance un industriel. 

« Est-ce que c’est Maghreb Steel que l’Etat veut protéger ou les banquiers qui ont financé son lourd investissement. On a l’impression que l’on veut sauver la dette et pas l’entreprise. Maghreb Steel peut bien payer ses dettes selon un échéancier long si elle se concentre sur son métier de base, qui est toujours rentable », ajoute notre interlocuteur.

Maghreb Steel traîne une ardoise de près de 6 milliards de dirhams de dettes, composée en grande partie par un crédit bancaire accordé par un consortium de six banques (Attijariwafa bank, BCP, BMCE Bank, Société Générale, BMCI et Crédit du Maroc).

Une autre partie de la dette a été levée sous forme de titres de créance, transformés plus tard en obligations. Elles sont portées par des investisseurs institutionnels et des fonds de placement collectif. 

Dans son argumentaire pro-Maghreb Steel, le gouvernement a toujours fait avancer deux éléments : la protection d’une industrie nationale et la sauvegarde des emplois.

Selon les opérateurs du secteur, ces deux arguments ne tiennent pas la route. 

Pour protéger une industrie nationale, il faut d’abord que celle-ci soit compétitive, signalent nos sources. Or, aucune étude ne le démontre, avancent-ils.

« Le fer et l’énergie constituent 80% des coûts de production d’un aciériste. Comment pouvez-vous être compétitif si vous n’avez ni la matière première, ni l’énergie, encore moins la taille pour bien négocier vos achats », tonne un industriel.

Côtés emplois, Maghreb Steel comptait à fin décembre 2018 un effectif de 1300 personnes, dont 450 intérimaires, selon une source interne.

Si Maghreb Steel décide d’arrêter l’activité laminage à chaud, elle pourra sauvegarder 400 à 500 emplois selon les métallurgistes.

Les emplois en jeu ne dépassent pas donc les 500. Cela justifie-t-il une protection étatique qui crée de plus des distorsions au niveau de la concurrence et pénalise toute une filière industrielle ? 

Pour nombreux métallurgistes, la réponse est évidente : « non ». « Pourquoi ne pas protéger Buzzichelli ou DLM qui sont en difficulté et qui emploient elles aussi des milliers de personnes», s’interrogent-ils.

« Nous sentons qu’il y a un deux poids deux mesures dans cette affaire. Et nous ne comprenons pas pourquoi l’Etat s’obstine à vouloir protéger un investissement privé qui a été mal conçu et mal planifié. La filière est en train de payer les erreurs d'une personne et de ses banquiers. Ce n'est pas normal », tonnent-ils. 

Les membres de la FIMME ne veulent pas pour l’instant s’exprimer de manière officielle sur le sujet.

« Nous voulons d’abord saisir le gouvernement, lui accorder un délai d’une semaine pour qu’il puisse étudier le dossier. Si nous n’avons aucune réaction, nous serons alors obligés de sortir dans les médias pour défendre notre position », affirme un des membres de la fédération.

Dossier à suivre. 

>>> Lire aussi : Maghreb Steel : les résultats de 2018 en baisse